Communiqué du Syndicat Universitaire Destituant #2

 

Nous avions écris un 1er communiqué mais il n’a pas été communiqué publiquement. C’est un communiqué non-communiqué. Comme pour les crêpes ou pour l’amour, nous pensons que la première fois est toujours un peu ratée. Aussi nous cherchons ce qui nous gêne en lui. Peut être est ce une certaine retenue contre l’autorité, peut être est ce une certaine distance comme une forme de tact, peut être est une ton un peu trop misérabiliste et victimaire dont nous souhaitons nous défaire, peut être est ce une réponse un peu trop personnelle et à chaud à un endroit où l’on aura préféré le mutisme. Nous avons été content de l’écrire, cela nous construit et nous suffit.

Faces aux menaces de menaces, que nous appelons des pata-menaces, nous tentons de construire des pata-luttes. Nous nous posons la question de savoir ce que serait une lutte fainéante, une lutte sincère, une lutte profane, une lutte empathique, une lutte joyeuse.

Nous tentons de comprendre ces dispositifs qui créent ces rapports de pouvoirs, ces durcissements du temps et de l’espace, ces apathies, ces frustrations, ces micro-violences, ces pata-menaces. Même si elles sont normales. Même si elles sont fantasmées. Même si elles sont nécessaires par les logiques rationnelles, scolaire ou administrative. Nous ne cherchons pas à les excuser, nous ne cherchons pas à les justifier par des processus extérieurs, nous cherchons à comprendre ce qu’elles provoquent en nous, et nous cherchons à les éloigner de nous même lorsqu’elles ne nous conviennent pas. Bref, nous cherchons à les ignorer.

A choisir, nous préférons ne rien demander, c’est la meilleur manière de n’être pas déçu.

Nous savons qu’il y a des nœuds partout. Nous ne souhaitons pas forcément les défaire, cela demande souvent trop de travail, mais nous souhaitons les reconnaître comme un bon marin afin de pouvoir naviguer sur les trames du monde.

Nous ne cherchons pas à être contre l’école. Nous cherchons à déconstruire l’école qui est en nous. Certains d’entre nous sont des luddites fainéants, d’autres des bosseurs obsessionnels, d’autre des passionnés du monde. Nous cherchons des tactiques pour échapper à ce qui peut nous éloigner de ce que nous aimons.

Nous ne sommes pas contre l’école. Il y a quelque chose qui nous plaît en elle, et il y a quelque chose qui ne nous plaît pas. Peut être est ce sa partie scolaire, sa partie productiviste ou sa partie dirigiste. Peut être ne pouvons nous rien y faire, peut être qu’il n’y a pas de réponse, mais au moins, on se pose la question. Nous ne sommes donc ni pro-école, ni anti-école, mais alter-école.

Si l’école est un ordinateur, nous aimerions y installer Linux.

Nous cherchons à construire ou découvrir des écoles buissonnières, des écoles invisibles ou furtives. Nous réfléchissons à la possibilité d’être dans la périphérie de son regard, à occuper ses marges, à dépasser le cadre de l’intérieur. Nous cherchons à utiliser l’école comme un outil d’étude, comme un laboratoire pour nos recherches. Nous cherchons à comprendre ce qui en elle est à l’image de la société. Il ne s’agit pas de faire la guerre à l’autorité, il s’agit de comprendre ce qui la rends possible, et de tenter de trouver des outils pour jouer avec elle ou la destituer. Nous savons que l’école est un bac à sable en comparaison du désert qui grandit au dehors.

Entre les actes et les beaux discours nous préférons les beaux discours. Mais ça peut changer.

Puisque les violences se sont déplacées, nous souhaitons déplacer les luttes. A l’heure où la révolte devient spectaculaire, nous souhaitons construire nos propre antennes de télévision, nos propres canapés, nos propres bols de céréales, et regarder des dessins animés expérimentaux juste pour pouvoir se dire que « la révolution pourrait être télévisée que ça nous suffirait bien ».

A ceux qui tentent de comprendre l’intention réelle de ce texte, nous répondons que nous ne savons pas trop bien non plus, mais que ça nous plaît bien de l’écrire. En ce qui concerne sa diffusion, nous sommes anxieux, comme souvent, mais aussi curieux, comme souvent. Et puis, nous pensons qu’avant d’apprendre à nager, il faut apprendre à se mouiller, même si c’est l’hiver.

A ceux qui disent que nous sommes hypersensibles, des utopistes ou des doux rêveurs en dehors de la réalité, nous leurs répondons : oui c’est possible.

A ceux qui disent que nous sommes autosuffisant et repliés sur nous même, nous leur répondons que nous ne sommes pas autosuffisant justement, mais que nous aimerions l’être un peu plus, et que si nous nous replions sur nous même c’est pour nous protéger des pata-menaces.

A ceux qui disent que nous donnons le bâton pour se faire battre, nous disons que c’est pour avoir les mains libre.

A ceux qui y verrait une façon plus ou moins détournée d’extérioriser des frustrations et contradictions personnelles en tentant de s’en amuser, nous répondons : oui c’est possible.

A ceux qui nous demandent si le verre est à moitié vide ou à moitié plein, nous disons que nous n’avons pas soif.

A ceux qui disent que nous utilisons une rhétorique obscure, nous leur répondons que nous n’avons pas l’intention d’être compréhensible, même par nous même.

A ceux qui nous demandent si c’est une tentative ratée de faire de la poésie, nous répondons que la poésie, on se la met au cul, comme un suppositoire, pour qu’elle se diffuse dans notre système sanguin comme une drogue littéraire.

A ceux qui disent que nous sommes dans une obsession de la liberté qui atteint des proportions délirantes alors que nous nous soumettons à nos devoirs, nous ne savons pas trop quoi répondre, parce qu’on trouve ça étrangement juste mais aussi rigolo, sans savoir pourquoi.

Nous considérons que les images, lorsqu’elles sont visibles, nous éloignent des trames du monde, ou un truc du genre. Pour cela, nous souhaitons casser les miroirs, pour que Narcisse puisse libérer son regard.

Nous aimons bien faire des phrases avec des symboles et des références qui marchent plus ou moins bien, ça donne un style.

Nous nous réservons le droit de nous contredire sans aucune explication. Cela nous permet de ne pas étouffer les voies individuelle sous une pseudo unité du collectif. Nous sommes différentes singularités avec différents points de vue, même si pour l’instant nous partageons le même corps. Nous nous réunissons non pas pour obtenir un consensus, mais pour nous individuer ensemble. A priori, nous acceptons les collaborations et les nouveaux membres, à condition que ce soit la seule, de condition.

Nous ne représentons personne, même pas nos futurs ou nos passés. C’est ce qui nous permet de raconter n’importe quoi. Nos croyances sont mouvantes et instables. Ce que nous écrivons ne s’engage que sur le moment où nous l’écrivons ; nos beaux discours n’engagent que nos lecteur qui y croient. Dans la société de la croyance dure, dire n’importe quoi est un luxe que nous nous offrons avec un grand plaisir.

Nous ne cherchons pas l’impossible, mais l’improbable.

Nous ne sommes pas réalistes. Nous ne sommes pas pragmatiques. En fait, nous ne comprenons pas

très bien ce que ça veut dire.

Si nous cherchons un horizon, ce n’est pas pour l’atteindre, mais pour y voir des couchers de soleils.

Nous aimons bien faire des jeux de mots un peu nul. Nous aimons bien ce qui est potache. Nous aimons bien ce que l’on aime pas trop en école d’art. Nous aimons bien faire genre on fait des belles phrases hors-contexte qui ne servent à rien. Nous aimons bien ce qui ne sert à rien, comme l’art, l’économie ou les discussions de café.

Nous aimons bien utiliser le pronom « nous », ça fait genre on est un collectif politique déterminé. C’est une des images que nous nous donnons, parce qu’on ne sait pas trop comment faire autrement. Peut être faudrait il que nous inventions d’autres pronom pour nous nommer.

Nous pensons qu’être sérieux est une posture.

Nous faisons des fautes d’orthographes comme tout le monde, sauf qu’on ne s’oblige pas à les corriger, c’est notre côté un peu rebelle. Nous appelons cela l’hétérographe.

Nos désirs et nos émotions sont parfois en contradictions avec nos discours et nos attitudes, mais nous tentons d’y poser notre regard. Nous nous méfions des image que l’on ne peut changer. Comme tout le monde nous avons des peurs, des fuites et des faux-semblant. Nous avons choisi de ne pas les cacher par défaut, et si nous hésitons à le faire, à ne pas cacher le fait que nous hésitons. Nous tentons de laisser s’effondrer notre propre image, au moins vis à vis de nous même, et cela peut prendre du temps. Nous tentons d’être sincère, au moins aux endroits où nous nous sentirons en sécurité.

La seule position qu’on souhaite prendre, c’est celle où l’on est. Même si nous n’avons pas de GPS.

Nous ne voulons pas choisir entre se taire ou faire des manifs, nous trouvons cela trop épuisant. Nous sommes un syndicat, mais un syndicat destituant.

Nous ne cherchons pas à aller plus vite que la musique. Nous préférons les rythmes sincères aux rythmes scolaire, ceux qui suivent la pulsations de nos poumons. Si l’école est un tambour, nous aimerions en choisir le tempo et la partition.

Nous avons le temps. L’urgence nous angoisse.

Nous ne voulons pas forcer. Nous voulons laisser faire. Nous souhaitons regarder là où l’on passe le regard. Nous voulons explorer les chemins de traverse, nous voulons faire des pas chassés. Sur la route qui relie l’art et la vie, nous organisons un pique nique dans le fossé.

Nous n’aimons pas trop la violence, surtout lorsqu’on ne la voit pas.

Nous aimons bien écrire des communiqués. Nous aimons bien ne prendre aucun engagement. Par exemple nous ne savons pas si nous ferons un communiqué numéro 3, ne serait ce que pour pouvoir faire mentir le dicton. Nous aimons bien faire des siestes et boire des coups jusqu’à très tard. Nous avons des désirs, nous aimons les partager, mais nous avons rapidement la flegme de les réaliser si cela nous demande des efforts.

Devant l’évidence de la catastrophe, il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent. Le Syndicat Universitaire Destituant est du côté de ceux qui aimeraient bien s’en foutre.

Des membres du SUD.

Publié dans sud

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